Fin

Je suis mort en novembre 1986.Parce que naitre, c’est mourir, un peu. J’ai eu 23 ans cette année et à chaque jour qui passe, je suis un peu plus blasé, un peu plus desséché, un peu plus mort. Il en va ainsi pour tous et chacun de nous. La planète est morte.

Des gens meurent de faim en Afrique alors qu’on vit dans l’opulence en Occident. Des enfants travaillent douze heures par jour pendant que des PDG font plus d’un million par jour à faire si peu. Des enfants se prostituent et vendent de la drogue de par le monde tandis qu’ici des gamins pleurent parce qu’ils n’ont pas de iPod.

Les génocides se sont enchaînés dans le dernier siècle. Après le génocide arménien, le juif, le cambodgien et le rwandais, c’est aujourd’hui le Darfour qui souffre dans l’indifférence la plus globale. On pollue à un rythme effarant, tout le monde s’en fout complètement, chacun se fiant à l’autre pour faire des efforts. Le pétrole coule à grands flots, la consommation est stratosphérique.

Les gens sont seuls, infiniment seuls. Dans tant de maisons paisibles, une adolescente de 16 ans se dénude devant sa webcam dans sa chambre alors même que son père au sous-sol se masturbe en regardant la vidéo d’une fille guère plus vieille que son enfant. Durant ce temps, la femme de la maison est branchée à TVA, le regard vide. Quelque part dans la ville, son garçon de 15 ans se fait un trip d’acide. Chacun évolue dans sa sphère, acceptant la présence parallèle des autres dans leur vie comme un mal nécessaire.

Chaque jour, la présence d’autrui est un peu plus insoutenable. On parle à de parfaits inconnus sur le net, c’est facile, accommodant. Socialiser demande trop d’effort, c’est devenu une aberrance, un anachronisme tabou que celui de la fraternité. Les liens interpersonnels sont devenus des biens de consommation. On estime leurs valeurs, on veut obtenir un rendement sur notre investissement. Vous êtes inutile, vous êtes mort. Vous êtes inutile.

Si une course effrénée vers l’or marquait la fin du 19e siècle, la fin du 20e fut marquée par une course effrénée vers un sens à la vie. On cherche désespérément un moyen de faire la différence, un moyen de se démarquer, d’être reconnu. Or n’y a-t-il pas de pire mission que celles qui ne peuvent être complétées? Notre ère est vouée à la déchéance, son vide de sens étant trop lourd pour la nature humaine, insoutenable pour quiconque. C’est la prolifération de la drogue, de la pornographie, du viol, des sectes, des meurtres, de l’extrémisme.

Nous n’avons pas de véritable guerre, de quête collective, de but. Notre seule lutte est celle menée quotidiennement contre l’aliénation de notre esprit, contre la corruption morale.

Je suis un être issu de ma génération. Un pervers, une vile personne, un vicieux. Je suis le fruit du plus malade des arbres, le produit de la plus sordide des expériences. Je suis la plaie béante qu’on refuse de voir, la dose d’héroïne qu’un paumé s’injecte pour oublier. Je suis la solitude dans sa plus triste pureté.

Je suis mort.

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~ par oopsweredead sur mars 4, 2009.

3 Réponses to “Fin”

  1. Très beau blog. Je l’ai lu en entier et je peux garantir que je vais revenir faire un tour ;]

  2. […] nouée, je suis profondément exténué. J’ai commencé en écrivant qu’il s’agissait de la fin. J’espère vraiment que ce que je fais aujourd’hui sera un début, celui de quelque chose de […]

  3. Merci pour tes billets.
    Repose en paix.

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