Famine

J’étais donc seul à 18 ans. Trop jeune pour y être préparé, trop vieux pour quémander de l’aide. Bien sur, je devais lâcher l’école, mais après, après quoi? Je n’avais jamais travaillé, jamais vraiment vécu. J’étais largué comme ça, dans le néant, sans trop savoir ce que je devais faire.

Je me sentais seul, la nuit j’avais froid, j’avais peur. Mais le pire, le pire dans tout ça c’était la faim. Une faim que probablement aucun d’entre vous n’a jamais ressentie. La vraie faim, ce n’est pas le gargouillis qui se fait ressentir lorsque le souper tarde, le léger tiraillement intestinal typique du déjeuner-diner un peu trop lointain. La vraie faim, c’est celle qui vous fait plier en deux. C’est des crampes qui vous scindent le ventre en entier, qui vous paralysent, vous tue à petit feu. C’est celle que vous ressentez après 48 heures de  jeûne. Le pire c’est qu’avec cette faim, bien souvent, règne aussi l’incertitude du moment du prochain repas.

J’étais rachitique, j’avais un visage au trait ultimement émacié. J’avais des cernes qui me cachaient la figure entière. Les yeux imbibés de sang, le regard hagard, je faisais sans doute peine à voir. Heureusement, si je puis dire, j’avais brisé l’unique miroir de l’appartement devenu taudis où j’habitais avec ma mère lors d’une crise d’angoisse peu après sa mort. Même si je ne voyais que rarement mon air, la douleur lancinante de ma peau coincé entre mon bassin pointu et ma peau des plus minces que je ressentais à chaque fois que je tentais de me coucher sur le côté la nuit venue avait tôt fait de me rappeler que je n’étais qu’un miséreux.

Je tentais de me trouver un emploi. Avec mon air cependant, je ne récoltais qu’au mieux pitance. Je fréquentais les soupes populaires, je demandais la charité, je survivais en pillant chaque jour un peu plus sur mon orgueil.

Puis un jour, je réussis à me dégoter un boulot dans une petite épicerie. Je travaillais de longues heures, souvent impayées. Je ne chignais pas, j’avais enfin quelque chose à mettre sur ma table et je pouvais petit à petit rembourser mes loyers en retard. Je rentrais à l’épicerie 7 jours sur 7, je n’avais personne d’autre à voir de toute manière.

On me fit un jour passé d’épicier à apprenti-boucher, puis boucher. On me payait désormais l’entièreté de mes heures, je travaillais 5 jours semaine à un salaire décent. Je commençais à respirer à nouveau. On ne réalise pas à quel point l’étau autour de nous est serré avant de s’en libérer. J’avais donc des heures libres à moi, je pouvais explorer le monde qui est si grandiose lorsqu’on s’y arrête. Je pouvais tenter d’avoir des loisirs, essayer de nouvelles expériences.

C’est alors que je découvris la drogue.

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~ par oopsweredead sur mars 7, 2009.

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