Mush

La chose la plus difficile quand tu tripes, c’est de réussir à obtenir du stock de qualité. Rien ne serait plus facile que de se contenter de tierce valeur. De la coke coupée au laxatif, lactose ou sucré glacé, ça craint fort. Pire encore, celle coupée à la poudre de verre, le vendeur alourdit son matos alors que toi tu te détruis le nez. Certain que de la pure, on oublie ça, de toute façon ce n’est pas idéal. Mais on cherche somme toute quelque chose de potable. C’est donc primordial de choisir son dealer adéquatement, son homme de confiance pour triper.

Moi, le mien, c’est Mush.

Mush non pas parce qu’il s’en tape à ses heures, mais pour sa coupe de cheveux. Vous savez, le genre de truc en vogue début 90’s, la nuque rasée court et un gros bol de cheveux sur le dessus. La coupe Beatles des pauvres. Je l’aime bien Mush.

Je l’aime parce que pas trop brillant. Un des dangers avec les pushers, c’est qu’ils se fassent prendre un jour. Or rien de pire pour augmenter les chances de se faire pincer que l’ambition. Une technique de vente un peu trop agressive, le piétinement des plates-bandes d’autrui et hop, une petite visite de la popo et la première chose que l’on sait, on se retrouve la nuit à mordre son oreiller pour ne pas crier pendant que son coloc de cellule nous ramone le one-way.

Mush a une belle naïveté, un coat de cuir hérité de son père, une boucle d’oreille à gauche, des palettes un peu proéminentes. Un air un peu perdu, mi-hagard mi-inconscient, un regard vide. Le stéréotype ambulant du loser devenu bum par dépit, sans grand succès. Il ne se pose pas trop de question, parfois je l’envie pour ça.

Puis j’inhale et ça passe.

Il habite à deux coins de rue de moi, a un cellulaire dernier cri (parce que c’est tellement cool) et par conséquent est joignable à quasi tout moment. Que demander de plus right? Un coup de fil, 2 minutes de marche, je cogne, il lâche sa Wii quelques instants, me refile la came, je déplie l’oseille et je repars, le cœur fringant.

Je le connais depuis trois ans, une relation sans anicroche, pas de question ni de requête si ce n’est que de la porn un peu louche que j’échange parfois contre de substantiels rabais. L’internet et Mush, ça fait deux, tant mieux pour moi.

Je ne sais pas s’il a une famille, nous n’en avons jamais parlé. Je n’ai jamais vu son téléphone sonné, il n’a jamais évoqué quiconque. Parfois, je crois voir perler une larme dans son visage, je regarde ailleurs.

Une fois, il m’a dit que j’étais son meilleur ami. Je suis parti sans rien dire.

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~ par oopsweredead sur mars 13, 2009.

3 Réponses to “Mush”

  1. Triste tout de même. Moi, ça me fend le cœur, à chaque fois.

  2. Pineapple Express.

  3. […] C’est une ancienne collègue de travail, une solution de rechange quand Mush est absent ou faillit à me fournir ce qui me plairait, une membre de mon voisinage étendu, une […]

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