Celle d’en haut

J’habite dans un bloc appartement et je connais peu mes voisins. Pour moi, ils revêtent autant d’importance que n’importe quel quidam que je viens à croiser dans la rue. Nous vivons des vies parallèles sans communication mutuelle et je m’en porte fort bien. À vrai dire, les seules personnes que je côtoie en lien avec mon logement, c’est mon propriétaire et ma voisine d’en haut.

Ma voisine d’en haut, c’est Caroline, 25 ans. Elle est monoparentale, résultat d’une relation houleuse avec un crasseux qui avait près du double de son âge lorsqu’à 17 ans elle tomba enceinte. Le mec, une fois son pinceau bien imbibé de sa naïveté, s’en est allé pour ne plus jamais être revu, laissant la gamine qu’elle était alors seule avec un petit garçon à venir.

Le reste frise le cliché. Sa famille, outrée, la délaisse. Prise au dépourvu, elle décide de conserver l’enfant, la seule chose qui lui reste au monde. Elle survit de peine et de misère, élève son enfant dans des circonstances misérables. Elle travaille au resto du coin, accumule les pourboires du mieux qu’elle peut pour payer des lunettes et des soins dentaires à son bambin.

Lorsqu’on la voit, on devine qu’elle fut jolie autrefois. Ses yeux sont d’un bleu à s’y noyer, son sourire conserve un éclat malheureusement terni par les âges. Sa poitrine, bien que voluptueuse, a été décalissée à grands coups de bite. Ses hanches qui furent assurément objet de fantasmes sexuels à une époque font bien plus figure de mythe pour cannibale aujourd’hui. La regarder, c’est un peu comme contempler une superbe statue érodée par les affres du temps.

L’histoire de Caroline a quelque chose de triste. On serait porté à être attendri si elle n’était pas une tabarnac de conne.

Depuis qu’elle a emménagé en haut, elle semble enchaîner les conquêtes douteuses. Les abrutis de première, les violents, les alcoolos, les salopards. Combien de fois me suis-je fait réveiller alors qu’elle criait hystériquement à l’endroit du mongole qu’elle avait ramené le soir même?

Caroline, c’est la fille qui achète le 7 jours, celle qui achète son 6/49 hebdomadaire, persuadée qu’elle est due. Elle fume comme une cheminée, accumule les caisses de 28 de Laurentides sur son perron des plus crasseux.

Le soir, quand tout est un peu trop silencieux, je peux l’entendre rire de son rire nasillard. Elle écoute probablement des reprises de l’heure JMP ou n’importe quoi écrit par Stéphane Laporte.

À Noël, elle invite toujours deux ou trois de ses amies. Des grosses torches m’est d’humble avis. Elles s’achètent du vin d’épicerie, se font cuire des petites bouchées McCain et se gargarisent d’anecdotes soporifiques. Elles crient, se tapent sur leurs grasses cuisses et s’empiffrent jusqu’aux petits heures.

À la St-Jean, elle fête le fait d’être kebekwase, sans trop savoir ce que cela implique. Elles se saoulent pleinement, laissant son kid se promener dans le quartier sans supervision. C’est jour férié, yeah yeah.

Elle mène une vie de prostipute, constamment à la recherche du prince charmant à la bedaine de bière et à l’haleine fétide. Elle se complait dans sa médiocrité, ignorant même la profondeur de sa stupidité. Elle rêve d’eldorado aux télés HD payées à même la marge de crédit, aux perpétuelles brosses de jour de paie, au petit souper au resto le samedi soir, aux grandes tables de cuisine jonchées de cigarettes et de gratteux.

Mais au moins, elle a un rêve.

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~ par oopsweredead sur avril 7, 2009.

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