Mari et Femmes

J’avais été convié pour la première fois de ma vie à un mariage cette fin de semaine. Un faire-part avec un ange, beaucoup de blanc et de rose, une écriture ben fancée et un papier parfumé. Saint ciboire, on espérait ma présence lors de l’union d’une des caissières. L’union du mondain et du quétaine forme sans doute l’alliage qui me rebute le plus mis à part les seins mous et une face de marde. J’espérais quand même une journée de weed et de femmes.

Mais voilà, fin renard que je suis, j’avais cerné qu’il s’agissait sans doute là d’une opportunité de divertissement inusité. J’ai donc embarqué à grand coup de faux enthousiasme dans le ça pue.

Samedi matin donc, je me lève, les oiseaux gazouillent, l’air est plutôt frisquet. Tu parles d’une idée de se marier aussi tôt dans l’année. J’apprendrais plus tard que les salles étaient dures à dénicher et que ça adonnait en même temps que leur anniversaire de rencontre. Quasiment cute hein?

Motivé comme une prépubère qui se prépare à une première date sachant pertinemment que son hymen est sur ses derniers milles, je me disais que mon baptême d’union catholique était une occasion unique et que je me devais d’être tout beau, tout chic. Je me suis donc rendu à une friperie non loin de chez moi pour m’acheter un complet que j’espérais pas trop moche.

Arrivé sur place, l’odeur de boule à mites et de joueurs de 500 me prend au nez. Je trouve admirable que des bonnes femmes se démènent pendant des heures dans pareille puanteur pour aider les p’tits pauvres. Je monte au deuxième étage, on me dit que c’est là que se trouve le linge.

Une fois au deuxième, je suis frappé par la cohue qui sévit. Une employée sort de la toilette en lâchant un retentissant « TABARNAC». Hystériquement, elle apprend à la friperie entière que quelqu’un a chié partout sur la bol. Un autre employé arborant le simili poncho et des manières efféminés va donc s’enquérir de l’état des toilettes d’un pas galopant. Aussi tôt entré, il émet un son strident. Il épand le sent-bon Glade comme il étend probablement son sperme sur des joues barbues le soir venu : avec générosité. Le staff s’émoustille, semblerait que le petit coin soit souillé de brun granuleux de bord en bord. J’essaie de trouver un complet potable en faisant abstraction de tout ça.

Finalement, je trouve quelque chose de pas si mal parmi les vestons en velours côtelés et les chemises brunes. J’achète le tout pour 22 dollars et repars le cœur léger, avec la conviction qu’un tel début de journée ne pouvait qu’annoncer de grandes choses. De retour chez moi, je m’habille, me rase et me peigne. Je me regarde dans le miroir, j’ai l’air d’un monsieur sérieux, le teint ciré et les grands tourments. J’hais ça. Je pars pour l’église.

Une fois à l’intérieur, j’ai tôt fait de spotter deux gars des fruits et légumes. Des véritables plaies, mais voilà, je décide de me joindre à eux parce qu’être seul parmi tant de fébrilité, bof. L’église se bonde peu à peu, l’air frais printanier entre à grands vents par les portes ouvertes et les cloches résonnent à ne plus finir. Je commence à avoir hâte que ça commence pour décrisser au plus vite.

Finalement, l’orgue se fait entendre, les gens se lèvent, la mariée entre. On s’extasie, moi j’ai toujours trouvé ça laid en esti une robe de mariée. La cérémonie se passe rondement, les vœux sont échangés, ils sont déclarés mari et femme, on laisse partir des colombes et je souhaite vivement que quelqu’un se fasse chier dessus. Il n’en est rien.

Des millions de photos sont prises sur le perron de l’église, on part en voiture à la file indienne en direction de la salle de réception. Les gens s’excitent et abusent de leur klaxon. De vrais gamins.

Tant bien que mal, on arrive sur place. La salle est très grande, des dizaines de tables sont mises, l’ambiance est festive. Je signe les livres, répète grossièrement aux mariés les vœux que la personne avant moi a offerts. Je parle un peu avec les collègues de la job mais je sens que je pourrais trouver le tout un peu long. Je vais donc me fumer trois quatre ballers dans mon bong fraichement acheté.

Dès lors, je suis pas mal plus sociable. Je parle un peu avec la famille du marié, à une espèce d’illuminé qui s’époumonait à pourfendre le fait que tout ça faisait de l’ombrage au mois de la Vierge Marie et à un oncle de la mariée visiblement déjà ben saoul. Me voilà diverti et ça va mieux.

On nous invite ensuite à table. Initialement, on m’avait installé avec le monde de la job mais je trouvais ça ben plate. Je me trouve donc un spot à une table de matantes qui rient à gorge déployée. Elles m’adoptent bien vite et Jeanne, ma convive de droite, sort subtilement une immense bouteille de crème de menthe de sa sacoche. Elle m’en offre et sans vergogne, je demande de nombreux refills. Je pense que c’est le truc le plus imbuvable que j’ai bu de toute ma calisse de vie mais sur le coup, j’en demandais toujours plus. Je m’en venais gorlot, la crème et le vin cheap servi à table me rentrant fort dans le système. Les folles parlent de Star Académie et de bridge et moi j’interagis avec intensité.

Une fois la crème de légume et la poitrine de poulet sèche englouties, on tasse plusieurs tables et un band s’installe. Après un slow où le marié a l’air d’un trisomique et où la foule s’excite le poil des jambes en parlant d’amour éternel et autre bullshit, le groupe entame le répertoire le plus moche qui soit. S’enchainent L’incendie à Rio, Bad Moon Rising, Journée d’Amérique et autres trucs du genre.

Avancé, je me surprends même à me joindre à un continental. De la grosse danse en ligne sale. Et puis sur Can’t Get Enough de Barry boy, je danse avec Jeanne. Je la trouve un peu trop collante et entreprenante à mon goût, elle respire proche de ma face en esti. Son haleine de menthe et sa peau crouteuse me lèvent le cœur. Un peu amorphe, je réagis mollement. Trop mollement. Sa main remplie de jewels et de bagues surdiamantées s’aventure lentement sur mes fesses. Ça a un effet de détonateur, je quitte le dancefloor au plus criss.

En le temps qu’il ne faut pour prononcer plote, je cale deux bières pour oublier le goût. Je décide donc de me faire un peu plus discret, je m’affale dans un coin sombre et observe la salle.

Les cravates sont désormais lousses, les joues un peu plus rouges, les voix un peu plus vives. Le marié boit une bière avec deux gars accoudés au bar. La mariée est entourée de quelques dindes, ça glousse big time. Tout le monde nage dans un bonheur un peu fade en se baignant dans des espoirs d’amour et de familles nombreuses. Un peu partout, des gens ne s’étant pas vus depuis cinq ans se remémorent les mêmes anecdotes qu’ils se sont racontées la dernière fois qu’ils se sont vus et les mêmes qu’ils se raconteront dans cinq ans. Je suis découragé par le vide sous-jacent à ce genre de célébration.

Je quitte donc, un peu dégouté et le cœur un peu chamboulé. À peine à cause de la crème de menthe.

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~ par oopsweredead sur mai 4, 2009.

11 Réponses to “Mari et Femmes”

  1. Hahaha! J’me suis trop bidonné en lisant ton texte. Vraiment, c’est un de tes meilleurs. 🙂

    Quant au contenu, je vois exactement ce que tu veux dire. C’est pas mal souvent comme ça les mariages, pour en avoir vu quelques uns…

  2. Tu devrais tellement faire autre chose que travailler dans une épicerie.

    Dans le sens où tu pues le potentiel, fois mille.

  3. Moi je dis que tu n’a pas aimé ça parce que tu es jaloux.

  4. Bien d’accord avec la Princesse sus mentionnée.

  5. J’aime aussi comment il écrit. J’espère qu’il tranche la viande aussi bien ;-), qu’il n’est pas trop boucher au travail.

  6. Anna: L’épicerie, c’est moche, mais ça paie mes bills. Autrement, avec un demi DEC en sciences natures, j’ai pas des tonnes d’option.

    Pierre-Marc: Moi je dis que tu pourrais difficilement être plus en dehors de la track.

    Gars: Je tranche comme un dieu. Je te fais une livre de jambon cuit ou un rosbeef pour 6 anytime, t’auras jamais vu des protéines aussi bien présentées.

  7. Ça a presque l’air stressant, passer une soirée en ta compagnie. J’pense que je me sentirais comme un rat de laboratoire… Genre. 😛

  8.  » Dit Elyane à qui je viens de parler du week-end. « 

  9. C’est clair que moi, je penche vers le sens d’Anna: j’ai même parfois l’impression que cette histoire d’épicerie n’est effectivement … qu’une histoire!

    Mais bon, décrit comme ça, j’ai pratiquement honte: à mon premier mariage, l’an dernier, je devais faire parti des matantes qui dansent… sauf que j’étais une cousine, qui essayait d’ailleurs tant bien que mal de retenir les-dites matantes….. Ahhh la vieillesse et l’acool.

    Avoue que t’as quand même aimé!

  10. Chocolyane: Je suis bien plus stressé de la présence d’autrui que le contraire je crois.

    Jess: Je ne pourrais pas avouer pareil truc haha, je n’ai pas vraiment aimé. L’ambiance festive beaucoup trop kitshe, le lancer du bouquet, ouache caca.

  11. Ahem. Ça va être de toute beauté, alors. Deux stressés, Anne est mieux de dégêner son monde. 😛

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