Crachat

Je n’ai jamais été en amour. Les papillons dans l’estomac, l’exaltation, les gloussements prépubères et les cœurs en chocolat achetés on the fly à la pharmacie, je laisse ça à Hugo, Musset et Chateaubriand. Pas d’amour, au mieux, j’ai eu Cynthia.

Secondaire 4, un peu d’acné, une barbe empruntant beaucoup au duvet, des vêtements un peu trop amples et une coupe plus ou moins trendy, je me crosse fort en pensant à Cynthia. Elle est la bombe de l’école : cheveux platine, seins anormalement gros, postérieur anormalement petit, peau lisse, trop chaude la crisse. Le soir, la bus vient me porter à 4 h 30, ma mère arrive à 6 h, entre les deux, je me crosse en pensant à Cynthia.

En histoire, en français et en anglais, elle était assise un peu en avant de moi. J’avais des bonnes  notes, on m’assoyait à l’arrière, je n’avais pas besoin d’attention. Elle était généralement un peu en avant de moi, juste assez pour que je puisse passer de nombreuses heures à lui scruter le string. Ça me donnait des érections en classe.

Elle sortait dans les bars, était cool, baisait supposément dans les toilettes de l’école. J’étais inconnu, sans intérêt. Je n’étais guère plus qu’une copie sur laquelle copier en opportun moment. Elle sortait avec un mec de six ans son ainé, voiture pimpée, vous voyez…

Elle m’obsédait, je m’imaginais les pires scénarios, ma queue dans tous ses orifices, mon sperme sur tout son corps. En tout, je l’ai côtoyée cinq ans, jamais elle ne m’adressa la parole. J’étais un subalterne estudiantin, comme des centaines d’autres. Puis, la semaine dernière, elle m’adressa la parole pour la première fois :

« Tu me donneras une demi-livre de ton jambon meilleur marché. »

Tu me donneras… Un ordre. Les gens qui requièrent qu’on leur fournisse de la viande me font toujours crissement chier. Je m’exécute quand même et je lève les yeux. Lentement, je la reconnais. Toujours les cheveux platines, un léger surplus de poids désolant, une peau moins uniforme, elle chique de la gomme sans la moindre élégance.

Je trouve ça ironique de la voir. Elle est foncièrement plus laide qu’autrefois, définitivement plus misérable. Elle porte des bottes qui puent la fausse cuirette, des boucles d’oreille bon marché, des jeans trop serrés pour ses hanches aux ambitions expansionnistes. Évidemment, elle ignore qui je suis, mais moi, je sais.

Je doute qu’elle soit heureuse. Peut-être vit-elle avec son chum de l’époque, dans un appartement à peine salubre, peut-être a-t-elle un enfant, ou même deux. Elle a surement une garde rapprochée de guerdas, une job douteuse qu’elle conserve en suçant son supérieur.

Ô, moi aussi, j’ai une vie plutôt minable. Mais voilà, à cet instant, je contrôle sa viande. Une demi-livre, neuf tranches d’épaisseur moyenne. Elle est partie chercher du jus, du lait, je ne sais trop. J’en profite pour déposer un subtil crachat entre deux tranches. Je referme le papier, insère la viande dans le sachet de plastique et scelle.

-Autre chose avec ça, madame?

-Non, bonne journée

Et moi, je me sens presque bien.

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~ par oopsweredead sur mai 6, 2009.

10 Réponses to “Crachat”

  1. Je te crois même pas.

  2. Comme quoi les petits rien peuvent peut-être mené au bonheur finalement… 😉

  3. J’ai récemment revu une fille qui était dans la catégorie qui chiait sur les nerds parce qu’elles étaient belles et « in ».

    Ben sais-tu, elle ressemblait à ta Cynthia, petite, grosse, peau scrappe avec des sandales laissant voir un pied mal pédicuré et elle a commandé un gros 12 pouces plein de viande chez Subway.

    Elle ne m’a pas reconnu… ou elle est juste tout aussi snob… comme dans le temps…

    Chose certaine, elle n’est plus aussi « in ».

  4. Hahahaha, le crachat.
    M’en fous si c’est vrai ou pas, mais c’est une vengeance exquise 😉

  5. Moi j’y crois pas. J’écrivais un billet hier sur un gros con aveugle ou je disais que je lui ai pilé sur le corps trois fois. Bien sur, je ne l’ai pas fait. Reste que je ne quitterai plus jamais mon jambon à l’ancienne tranché mince des yeux. 😉

  6. Jamais, jamais tombé en amour ? Ever ?

  7. Je suis heureux de ne plus manger de charcuterie.

  8. Imagine on est encore super jeunes en plus. Dans 10 ans ces gens là vont tellement être laids. Les super footballeurs sexy de mon secondaires sont déjà devenus des alcooliques qui ont engrossé quelques cheerleaders droguées devenues boutonneuses et moches.

    … ok je généralise.

  9. Anna: Un peu de salive, ça a pris 4 secondes.

    Soph: Pffff, essaie pas.

    Brem: J’aime à croire qu’il y a une certaine justice pour ce genre de truc.

    Hispong: Subtil et savoureux, le meilleur c’est qu’elle n’en saura probablement jamais rien. Son jambon n’en sera que plus juteux.

    Gars: Il y a une différence entre un peu de salive et passé trois fois sur le corps d’un gars.

    Miss C: Peut-être une fois avec une paire d’espadrilles, je m’en confesse.

    Patrick: Pourtant, il y a des trucs qui goutent vraiment bon. Mais semblerait que ca donne le cancer du colon, alors grand bien t’en fasse.

    Anne: La généralisation, c’est mal.

  10. Cracher dans du jambon bon marché? Parce qu’elle est rendue laide?
    En plus d’être dégeu, ça frôle le fétichisme amoureux…
    Tu aurais du lui dire qu’elle était moins hot qu’avant.

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