Faiblesse

J’avais encore le gosier plus sec qu’une plote de nonne frigide. Et j’avais peut-être aussi, un peu, à peine, légèrement le goût de revoir la barmaid qui hanta mes masturbations pour deux jours. Je suis donc retourné au bar qui me sert tristement de refuge en ce jour de paie. Évidemment, elle était là.

Elle était au bar, souriante, radieuse, en train de se déchirer les douces paumes en ouvrant une fade 50 pour un client crasseux qui laissait aller scabreusement ses yeux vitreux sur son décolleté, tentant de la séduire avec son sourire tout doré.

Je m’assois comme toujours à une table reculée, elle vient lentement me voir, dans une démarche des plus gracieuses. Timidement, je me commande encore une fois quatre Carlsberg. Elle repart, j’ai un rythme cardiaque un peu plus élevé, je me trouve crissement con. J’ai peur d’être atteint de cette stupide fièvre printanière. J’ai déjà quelques symptômes avant-coureurs : perte de mon aversion pour l’humain, émotion, timidité. Foutue fièvre du printemps

Le virus est déjà bien répandu. Un peu partout, les demoiselles gloussent, des jupes se rehaussent, des critères de sélection se rabaissent. Des hommes ressortent leurs vieux haltères, des cheveux se coupent, des scrotums se rasent. La quête d’un couple est lancée, la déréliction est plus que jamais maudite, les rites de chasse sont bien enclenchés et la joute sexuelle bat son plein.

On se cherche un amour estival, quelqu’un avec qui partager un cornet, quelqu’une à doigter subtilement sous une couverte autour d’un feu de camp. Les étés sont torrides, il fait bon baiser, on s’invente de l’attirance, de l’amouuuuur sous les pires prétextes. On s’échange des premiers baisers doucereux, on subit des mièvres soupers en tête-à-tête, c’est moins lourd que la solitude après tout.

J’abhorre toute cette hypocrisie, cette faiblesse qui pue l’hommerie, ce besoin de sentir le réconfort dans les bras d’un autre, j’exècre la mollesse. Toutes ces amourettes, c’est la poursuite du futile, une grosse mascarade vide. Et malgré ça…

Malgré ça je la trouve cute cette fille. Je me sens vachement con, j’ai le goût de la connaitre, un tantinet. Mais voilà, je fais dans mes culottes. J’ai fini mon quatuor et je me sens toujours aussi weak. Elle revient à la charge, je renouvelle ma commande, elle m’apporte le tout. Je lui demande son nom, nos yeux se croisent. « Émilie » dit-elle, un léger sourire se dessinant subtilement aux commissures de ses lèvres.

Fuck fuck fuck.

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~ par oopsweredead sur mai 8, 2009.

6 Réponses to “Faiblesse”

  1. Ouais, pas facile. En plus, une barmaid, tu ne te donnes aucune chance…

    Quant à « l’amour estival » que tu abhorres, c’est surtout du rêve, non? Les gens ont besoin de se réfugier dans la stabilité que peut leur offrir la présence de quelqu’un d’autre. Ça leur procure une sensation d’allégresse et de joie qui, oui, est souvent temporaire (jusqu’à ce que le taux d’hormones baissent et qu’ils doivent faire face à la réalité).

    Dans le fond, tu fais exactement comme eux avec la drogue et le pot. Tu t’évades, tu te crées du rêve et un état second pour oublier la dure réalité. Seul ton moyen est différent du leur. Tu es un humain comme tous les autres. Désolé de te l’apprendre. Avoir la chienne de parler à une fille que tu ne connais pas, c’est très humain. Ça veut surtout dire que tu donnes de l’importance à ce qu’elle pourrait penser de toi. Elle doit être vraiment spéciale… 🙂

  2. Ce billet me renvoies à mes souvenirs. À ce fantasme fort répandu chez les gars de vouloir conquérir la serveuse. C’est un peu comme celui d’une pute qui finalement ne charge pas. Les sourires, l’habillement sexy sert à faire consommer les clients, entretenir une illusion d’intéret sert à le fidéliser. Quand la job est bien faite le pourboire est bon. Oui il peut parfois etre un peu con de surfer sur cette chimère. Alors mon ami, passe à l’action, invite là donc, tu verras alors.

  3. Quand j’ai commencé à être barmaid les autres filles me parlaient de cet effet-là, mes copines qui ont travaillé dans les bars aussi. Y’a des journées où j’avais le coeur dans la flotte et sans même que je sois particulièrement salope ou drôlement inaccessible les hommes étaient quand même tellement touchés par le rôle que j’avais dans le bar. Pour l’avoir été je vois pas le barmaids comme des gens particulièrement hot… faut croire qu’il faut être un garçon pour avoir cet effet-là.

    La serveuse, ça pourrait être ta voisine louche mais en plus belle tellement sa vie peut être plate. Souvent c’est peut-être même mieux que ça reste un fantasme, j’imagine.

  4. Tu ne peux pas fuir l’amour. T’en as besoin pour vivre, t’en as besoin pour respirer. Parce que peu importe la forme qu’elle prend, le cul, la tendresse ou la reconnaissance, tu en auras tout de même toujours besoin. Le nier est inutile.

  5. Allez, offre-lui ton numéro de téléphone, plié en 4 dans un chocolat.

  6. Bête: Je ne pense pas que la drogue soit similaire. Il n’y a pas l’hypocrisie convenue quand je me dope, pas d’illusions. Et pas tant de rêves non plus, beaucoup plus un échappatoire, je l’admets.

    Gars: Ce qui m’attire, c’est que justement, elle ne joue pas la game des serveuses, ne s’habille pas nécessairement pour les pourboires, est low profile. Intriguant.

    Anne: C’est vrai qu’il est peut-être probable que tout cela demeure un fantasme. La réalité est souvent bien plus désolante qu’autre chose. Cela dit, j’embarque très peu dans le mythe de la serveuse comme objet sexuel.

    Patrick: Je l’ignore. Je pense au contraire que beaucoup de gens s’illusionnent à croire qu’il est nécessaire, cet amour.

    Anna: Peut-être un jour serai-je game.

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