Enfantin

Je suis affreusement nonchalant depuis quelques jours. Je ressasse laborieusement mon passé, réfléchis beaucoup, mange pour me désennuyer, chie pour me divertir. Mon linge sale s’accumule, voilà deux jours que je vais travailler sans sous-vêtement, trop lâche pour nettoyer tous ceux déjà portés. Je frissonne au moindre contact de ma bite sur la froide fermeture éclair, ça me chatouille et le temps passe un peu moins lentement.

J’étais donc là ce soir, affalé mollement sur mon sofa à manger des beignets, fraichement envolé d’une dizaine de tacts inhalés à grandes sueurs pulmonaires, lorsqu’on frappa à ma porte. Laborieusement, je me lève et dépose le Bukowski ennuyant que je m’efforçais de lire. Après m’être replacé le scrotum inconfortable de toute cette humidité qui sévit en ce printemps, j’entrouvre la porte.

Un peu médusé et définitivement high, je me retrouve face à Caroline qui m’explique qu’elle doit aller j’ignore où. Elle me demande de garder un œil sur son kid. Un peu éberlué, dépassé, je marmonne ma confusion alors que d’ordinaire je prétexte avec vivacité divers empêchements. Elle saute sur mon hésitation et me remercie, pousse le gamin à l’intérieur en partant quasiment à la course, ses cheaps souliers à talons hauts faisant un bruit infernal en claquant sur le plancher du corridor.

Douh.

J’étais un peu pris au dépourvu, moyennement angoissé, beaucoup en criss après la bitch d’en haut. Mais voilà, j’avais plus ou moins le choix. J’ai donc appris que l’enfant s’appelait Samuel, qu’il allait à l’école, avait 8 ans et aimait Naruto (?). À court de questions et sentant le bad trip imminent, je lui ai demandé ce qu’il voulait faire. Il a fouillé dans mes quelques DVD, a trouvé le Seigneur des Anneaux, voilà voilà. Il l’a regardé, j’ai somnolé plus que d’autre chose. Après coup, je me suis dit qu’à son âge, il fallait bien dormir. Je l’ai donc installé dans mon lit, tamisé les lumières et je suis sorti tirer sur un joint question d’enfin relaxer un peu.

L’air était encore chaud, on pouvait entendre de la musique émaner des fenêtres baissées de voitures passantes, il faisait bon vivre. Je siphonnais mon spliff aussi intensément qu’une grosse aspire une queue et je pensais au p’tit gars. Ses yeux écarquillés en regardant la télévision, ses exclamations murmurées, son petit sourire enfantin partiellement édenté.

Je suis ensuite retourné à l’intérieur, les yeux sans doute un peu rougis. Il m’attendait dans la cuisine, assis sur une chaise, les pieds à 6 pouces du sol. « Je n’arrive pas à dormir » qu’il me dit. Moi j’ai faim, évidemment, alors je sors une boîte de biscuits, nous verse de grands verres de lait et je m’assois. Et il démarre.

Je suis buzzé, il me parle de ses amis avec sa petite voix aiguë et de grands gestes avec ses mains. Je l’écoute, un peu figé par son enthousiasme. Il a une moustache de lait, je pogne le fixe sur cette dernière, c’est bizarre. Puis il finit son verre avec un gros « Aaaaaaah », s’essuie la bouche du revers de la main et retourne dans mon lit. Juste avant de pénétrer dans ma chambre, il se retourne et me dit qu’il a passé une soirée « pas mal cool ».

L’appart tombe silencieux. Je ne sais pas trop quoi faire, j’essaie de continuer mon Bukowski sans grand succès. J’allume mon portable pour me détendre. Je vois qu’il y a un nouveau Delta White de disponible, je tente d’y aller avec ça. Mais rien n’allume. Au mieux, j’avais une érection aussi molle qu’un plan vert conservateur. J’allume donc la télévision.

Les platitudes s’enchainent, rien ne m’intéresse. J’écris donc un peu de poésie, rien de potable, moche moche. Je vais voir si le kid s’est endormi. Il est là dans le lit, les yeux clos, le visage serein. Je replace délicatement la couverture qu’il avait déplacée, la fenêtre est ouverte, je ne voudrais pas qu’il prenne froid.

Des bombes éclatent au Moyen-Orient, des financiers magouillent sur Wall Street, les pots de vin sont monnaie courante au gouvernement. Mais dans son visage, tandis qu’il dort, il n’y a guère de trace de tout ça. Il y a une pureté, quelque chose d’angélique qui, je l’oublie parfois, fait aussi partie de ce monde.

Il est 1h30, aucune trace de sa mère, mais voilà, ça ne me dérange guère. La présence du petit Sam m’est réconfortante.

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~ par oopsweredead sur mai 13, 2009.

31 Réponses to “Enfantin”

  1. C’est fou ce que tu écris bien.

    J’voulais juste te le dire, by the way… Depuis le temps que je te lis, fallait bien!

  2. J’appuie. Je ne suis pas un « liseux » de blogue, qui sont pour la plupart très insipide mais le tiens me plaît.

  3. Oulala! M. Oups s’émerveillant devant la candeur d’un enfant qui dort. Serait-il finalement un être humain? Va falloir que je le change de catégorie de blog…

    C’est probablement pourquoi, malgré tout le jus et la force vitale qu’ils nous soutirent chaque jour, on continue de faire des enfants. Parce qu’ils sont rassurants, justement. Parce qu’en quelque part, ils nous rappelle inexorablement que nous sommes vivants et capable de nous reproduire. Quand je regarde mes enfants, c’est ma propre existence qui me saute au visage.

    Pis c’est beau en criss (Christ… juste pour toi cher) un enfant qui dort!

  4. Fuck! Elle a le « garder un oeil » long…!

  5. M-H: tes enfants dorment des fois? 🙂

  6. Brem, nos enfants dorment pas souvent mais quand ils dorment, on porte attention au moment!

    J’aurais pas pu mieux expliquer le tout que Marie-H. Les enfants, du moins quand tu serais pas capable de les domper à ton voisin gelé du bas sans que ça te fasse un plis, ben c’est souvent ce qui te garde en vie. Tu veux non seulement rester là pour qu’il ai toujours quelqu’un, mais tu veux aussi rester là égoïstement, pour pouvoir être fière en le regardant grandir, pouvoir trouver qu’il est plus beau et plus intelligent que les autres et que, fuck, c’est sorti de toi ce truc merveilleux.

  7. Anne: J’vas brailler.

    Brem: Comme le dit Anne, c’est la rareté de ces moments qui les rend si précieux.

  8. Arrivée ici depuis pat Dion. Je reviendrai.

  9. Je viens de découvrir ton blog et je n’ai aucunement l’intention de te faire la morale 😉

    J’aime te lire: C’est cru, c’est vrai, c’est beau aussi..

    au plaisir 🙂

  10. Le seul Prozac qui fonctionne vraiment … respiration douce et réguliere, petit corps sans stress,lové, encore tout pur des infections de la vie … pis quand c’est le tien … le rush des puffs d’amour vaut mieux que tous les hits d’héro du monde.

  11. Ha l’idéalisation de l’enfant. J’ai jamais compris ce truc. Ca me laisse de glace. Un beau cul de femme m’émeut davantage.

  12. Un gars, tu semble ne définitivement pas avoir d’enfant. Quand t’en a pas et que t’es pas en contact avec des enfants, ça devient même facile d’oublier que t’en a été un et que tu pouvais t’émerveiller et être naïf avant.

  13. Moi j’en ai un enfant et je dois avouer que le cul d’une femme m’émeut beaucoup aussi. 😉

  14. Un gars et Patrick: Si le cul d’une femme vous émeut autant, c’est peut-être parce que vous auriez envie d’y retourner. Dans le fond, vous êtes de grands enfants, toujours à la recherche de la matrice originelle.

    Après tout, ce que vous contemplez avec tant d’émotion, c’est l’origine du monde.

  15. @Marie-Hélène: C’est sûr qu’on a envie d’y retourner! Comme vous, c’est ça qui nous tient en vie.

  16. Patrick, es-tu en train de comparer la sodomie à la maternité?

  17. Marie-Helene: Je change de catégorie de blogue? Ça veut dire quoi? Je passe de misérable à miséricordé? Et l’orthographe des sacres, c’est pas tant moi qu’une frustrée par email qui s’en offusquait.

    Patrick: En effet, all night long. Je suis allé le porter ce matin dans une scène un peu surréaliste.

    Shirley: Je ne sais pas pour l’héro, ça fait partie des trucs qui m’effraie, je me sais dépendant. J’appréhende l’idée de prendre ça mais encore moins que celle d’avoir à m’occuper d’un kid.

    Gars: Je pense pas que les deux choses soient vraiment liés. On peut triper sur divers trucs.

    Et à tous, on se calme le pepi pis le vagin.

  18. Je trouve que les billets où tu parles d’enfants ou de ton enfance (comme celui-ci)sont tes plus forts.

    Peut-être as-tu une insensibilité aux humains adultes couplée à une sensibilité à leurs rejetons? Peut-être est-ce parce que ces derniers n’ont pas encore été corrompus?

  19. Miss: Il y a certainement une notion de non corruption. Il ne pense pas à ce qu’ils projettent, à ce que les autres vont penser, aux pouvoirs, à la luxure. Tant de chose qui me font un peu dédaigner l’adulte.

  20. @Annie: Je parle de retourner à la beauté du monde et toi tu parles de sodomie? Marie-Hélène parlait de matrice originelle. La sodomie a zéro rapport!

  21. Désolé, mes doigts ont fourché. Le message s’adressait à Anne, bien sûr.

  22. Je suis désolée, Anne que je suis, d’avoir l’esprit si tordu. Mille pardons.

  23. Moi aussi, Anne, j’associe cul et sodomie…

    mais je pense qu’on parlait de cul au sens large…

  24. Ah non, je ne l’aime pas vraiment large, le cul…

  25. Juste préciser que j’ai une fille de 16 ans. Il n’est pas anormal de ne pas voir dans l’enfance quelque chose de particulièrement cute et émouvant. J’en connait plusieurs comme moi qui trouve les enfants plus chiant qu’émouvant. C’est quoi ce truc normatif.
    Pour le cul émouvant, c’est loin d’etre un désir immature de régression, au contraire c’est l’expression d’une sexualité génitalisée, ce qui est signe d’une certaine maturité. La regression est davantage dans la romantisation de la pureté de l’enfant. Il n’y a rien de plus méchant qu’un jeune enfant pas encore socialisé, il peut tuer. Laisse 3-4 jeunes seuls dans une pièce, il va y avoir un carnage 😉

  26. Hummmmmm… Voir la sexualité comme un truc simplement génitalisée un signe de maturité… Faut que je réfléchisse à un argument aussi brillant. C’est vrai qu’avoir une fille de 16 ans est un signe de crédibilité: j’avais oublié ce détail. Impossible de régresser dans ce temps là. Mille excuses cher gars. Ton nick devrait donc être Homme… juste une suggestion en passant.

    C’est vrai qu’un enfant, c’est chiant en maudit. Tu as raison de dire qu’il est bizarre de s’attendrir devant être aussi immonde et sans scrupules. On devrait tous les enfermer dans une prison maximum high security, d’un coup qu’ils se rebellent et nous tuent tous. On sait jamais. C’est vrai que les cas de parenticides font légion. Dire qu’on pense que de tapocher un enfant est quelque chose d’horrible! C’est probablement seulement des pauvres adultes sans défenses devant la cruauté de leur jeune enfant pas encore socialisé: il aurait pu les tuer! Ils ne font que se défendre dans le fond.

    Bon, je vais aller m’occuper de ma petite tortionnaire de 7 semaines avant qu’elle ne m’attaque à coup de régurgits.

  27. Un gars: As-tu déjà lu Lord of the Flies de William Golding? Je sais que tu n’es pas un fan de la littérature mais voilà, je te le jure, tu trouverais ça diablement fascinant. Ça parle d’enfance, de cruauté, de nature humaine. Ça rejoint beaucoup ce que tu dis. Sa majesté des mouches en français.

    Marie-Hélène: Je te sens un peu tendue haha. Gars amène un point de vue un peu plus froid, quasi chirurgical, je pense que c’est beaucoup à prendre avec un grain de sel. Il dit surtout que c’est étrange, ce réflexe humain à l’attendrissement pour les bambins. Pas besoin de monter aux barricades et de lui prêter 100 mauvaises intentions. En vrai, tout le monde devrait lire Golding, ça donne à réfléchir.

  28. @Marie…J’ose pas trop répondre ces le blog à Oops. Pour la maturité, je faisais référence à la théorie du développement psychosexuel selon Freud. Pour le reste de tes arguments, ils sont clairs, j’ai rien à ajouter. 😉

    @Oops…
    Merci, Je vais faire une recherche sur internet dès maintenant.

  29. Oups: Ha!Ha!Ha! Non t’inquiètes, je m,amuse bien sur ton blog! Gars apportait seulement des arguments qui me semblaient un peu trop extrêmes et je trouvais drôle de lui répondre sur le même ton! 😉 Je crois qu’il a très bien saisit d’ailleurs.

    Pour ce qui est de Lord of the flies, je crois que c,est plutôt une exploration de la nature humaine en général (des hommes en fait), plutôt que de l’enfance en particulier. Tu as raison par contre: excellent roman. Je l’ai dévoré en un après-midi l’été où j’entrais au secondaire. Ça fesse!

    Une dernière chose, tu dis que c’est étrange l’attendrissement que l’on éprouve pour les bambins. En fait, c’est le contraire qui est anormal. Les enfants sont génétiquement construit pour qu’on les trouve mignon, pour engendrer chez l’adulte le désir de s’en occuper. S’il en était autrement, l’espèce humaine serait sérieusement en danger d’extinction. Parce que Gars à tout à fait raison: un enfant, c’est très chiant. Personne ne s’encombrerait d’un petit être si dépendant et si exigeant s’il en était autrement, si on n’était pas fait pour les aimer inconditionnellement. Donc, mon cher oups, rien d’étrange dans ce comportement, seulement une combinaison très complexes d’hormones. 🙂

    Gars: D’accord… Freud me tape sur le système personnellement, mais bon… 😉

  30. Marie, tu es chiante. Je m’excuse Oops I’m dead 😉

  31. apres avoir lu ===> Oop’s i’m dead!

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