Monday monday

J’endure beaucoup plus qu’apprécie mes collègues de travail. Leur insipidité est parfois si grossière que ça me choque. Le lundi, c’est pire que jamais. Bien souvent, je grince des dents, serre le manche de mon couteau avec virulence et retiens mille injures. Chacun semble croire qu’il m’est indispensable d’entendre le récit de leur fin de semaine dans les moindres détails.

Ainsi, tandis que je regarnis tranquillement le comptoir, affairé à couper, jeter, sélectionner la viande qui demeure en vente, les autres bouchers ou même les antiquités de la boulangerie s’épandent en soporifiques détails sur leur linéaire week-end.

J’en apprends donc plus sur le pH de leurs piscines, sur les aléas de leurs BBQ, les conneries de leurs gamins, les saloperies de leurs voisines, leurs parties de Scrabble du samedi soir, les soi-disant croustillants moments d’un gala télévisé quelconque. On parle des poitrines de poulet qui sont restées trop longtemps au four, de la percée musclée des pissenlits, je m’emmerde à en devenir agressif.

Personne ne me parle cependant du moment où, samedi soir, ils ont feint d’aller faire un numéro deux vers minuit, simplement pour se crosser tranquille dans les toilettes alors que la madame lit un Guy Corneau dans le lit orné de draps beiges. Curieux non?

La plupart de mes collègues sont trentenaires et quadragénaires. Ils me semblent pourtant si vieux, si desséchés, tellement usés. Ça me fait peur tout ça, la vitesse avec laquelle les gens s’effacent aujourd’hui, le rythme effarant auquel tous ne deviennent qu’automates puérils.

Et c’est la même routine chaque lundi, les mêmes anecdotes sans saveur. Les gens sont désormais gris, ils s’y complaisent, je crois que personne n’y échappe. Et c’est ce que je déteste le plus des lundis : le rappel de l’imminence de ma médiocrité.

Publicités

~ par oopsweredead sur mai 26, 2009.

15 Réponses to “Monday monday”

  1. loue donc L’INCOMPARABLE MADEMOISELLE C.
    Ça va te toucher, tu vas voir.

  2. Je souscrit pleinement.

    Imagines: je travaille dans les Caisses Pop… T’en veux de la conversation de matantes? Je peux nommer tous les participants d’Occupation double et les plus récent potins de la Star Ac sans jamais avoir à écouter une seule émission. Pratique.

    Je maîtrise maintenant parfaitement l’art de la conversation vide de sens. Hou-rra.

  3. J’ai tendance à penser comme toi, mais il me semble avoir lu en quelque part que c’est souvent ce qui arrive aux couples « qui s’établissent ». La routine est rassurante. Et ces gens là sont probablement très bien et heureux, même, dans cette vie linéaire.

    Remarque, dans le fond, ma vie aussi a une tendance linéaire, mais mes intérêts et mes sujets de conversation sont juste totalement différents. Le fait que je ne regarde pas la télévision crée déjà une grosse différence avec le reste de la « populace ». Ma vie est-elle nécessairement plus intéressante? J’aime croire que oui! Mais qui suis-je pour juger?

    Bref, tant que tu ne regardes pas TVA à tous les soirs, tu ne deviendras jamais aussi insipide qu’eux.

  4. Moi je trouve beaucoup de gens inférieurs, alors je feint de m’intéresser à ceux-ci pour ne pas paraître hautain… 😉

  5. Quelqu’un m’a déjà dit un jour que la vie, c’est ce que l’on fait en attendant de crever… Parfois, j’ai aussi l’impression que plusieurs d’entre-nous sont déjà mort.

  6. Anna: C’est le truc de l’enseignante un peu lunatique qui parle aux roches ça?

    Marie-Hélène: J’avoue que les caisses pop, ça doit s’approcher gravement de la quintessence de la marde en terme d’histoires vides.

    Bête: Je ne veux pas quantifier ou juger leur bonheur dans cette routine, je peux cependant affirmer que je ne saurais pas être heureux dans le genre de vie qu’il mène. Ça me semble insipide. Mais dans le fond, je suis également insipide. Il n’y a pas d’action qui ait de grands sens, tout est vide.

    Brem: Si tu t’estimes supérieur, il est possible que tu aies raison ou que tu sois hautain. Dans les deux cas, pourquoi perdre du temps à s’intéresser à autrui que pour l’apparence. Ça me semble d’une tristesse infinie d’avoir peur de ce qu’on projette de la sorte surtout auprès de gens qu’on considère inférieurs.

  7. Adulescente: J’adore.

  8. Tout les gens que l’on rencontre souvent deviennent insipides. La belle qui est passée devant moi aujourd’hui, l’était moins lorsqu’elle est repassée une deuxième fois, J’ai vu quelques défauts dans son visage. L’intellectuel, après 3-4 fois commence à se répéter.
    Bref le quotidien humanise, l’idéalisation s’effrite. Tout le monde à un système digestif qui produit la meme chose.
    La tete intéresse, parfois c’est le cul, au bout d’un quotidien, bof…
    Mais moi la vieille boulagère qui carbure aux télé réalité, je lui dirais tes sujets ne m’intéressent pas, j’irais dans l’universel et je suis sur qu’elle deviendrait interessante.
    Alors la personne que l’on trouve moche et ennuyante, c’est peut etre parce que l’on reste sur le terrain qu’elle nous présente et qu’on s’y fait chier. Mais que dire de quelqu’un qui reste sur un terrain qu’on lui présente et qu’il n’arrive pas à en sortir pour amener l’autre sur un terrain qui convienne mieux, et qui préfère plutot endurer pour ensuite dénigrer l’emmerdeur qui l’a emmerdé. Vous ne trouvez pas que ca aussi, ca fait ma tante dit le vieux gars aux jeunes idéalistes 😉

  9. ( C’est quoi ton blog un gars? )

  10. @ Anne
    J’allais répondre que je ne comprends pas ta question, mais je vois que on ne peut cliquer sur un gars pour trouver mon blog. Je ne sais pas pourquoi, les autres sont en surbrillance mais pas moi?
    L’adresse est http://chroniquesdungars.blogspot.com/

  11. Gars: On dirait que tu supposes que je n’ai jamais essayé de lui parlé de la vie, de son sens, du bien et du mal, de l’inné et de l’acquis, de la spiritualité. Quand t’as tenté le coup quelque fois et que tu ne reçois que de la merde prémachée en retour, ça te calme les ardeurs. Pour ce qui est d’avoir ton nom en surbrillance avec le lien vers ton blog, t’as qu’à l’inscrire dans la section site web des commentaires.

  12. Moi je pense que tes collègues ennuyants peuvent te servir de divertissement potentiel. Tu n’as qu’à leur parler de trucs vraiment plates toi aussi et de voir leur réaction.

    Au retour des vacances, à mon premier été dans la fonction publique, un gars avec qui je travaillais nous racontait ses vacances. Il nous a dit qu’il en avait profité pour aller aux Ailes de la Mode à Montréal et que c’était ben spécial parce qu’il y avait 3 étages! Ensuite, il nous a dit qu’il était allé à l’ESPO. Après un bon 30 secondes, on a fini par comprendre que l’ESPO, c’était l’Expo-Québec, parce que le gars prononcait des S à la place des X. C’était ça le résumé de ses vacances, pis lui, il avait trouvé ça pas mal spécial.

    C’est le genre de discussion qui permet de comprendre bien des choses.

  13. Oops, j’ai hésité à éditer surtout après mon billet d’hier sur le silence. J’insinue rien sur toi. Ce que je peux te dire c’est que j’ai vu Alain en fin de journée, il trainait sur un banc devant un arret d’autobus, il racontait des inepties, il se répétait, je ne l’écoutais pas, je me bloquais. Alors rapidement, j’ai coupé court en lui disant Alain est ce que je pourrais lire tes pages sur le mal imaginaire? Oui m’a-t-il dit, demain? J’ai dit pas sur, si il pleut non, je ne sors pas, mais la prochaine belle soirée, je viens. Ok dit-il, je vais les trouver. Tu pars déjà? Oui, je pars.

    J’insinuais que je ne me laisse peu entrainer dans des terrains qui m’agacent, je coupe rapidement. Point, si il y absence de terrain commun, il y a absence de relation, c’est comme ca pour moi. Je tolère un bout, selon mes motivations, mais c’est de plus en plus court. Je ne me laisse plus envahir par ces malaises que l’on ressent à tolèrer ce qui en fait irrite. Un genre d’affirmation tranquille.

  14. Voyou: Ton anecdote est franchement savoureuse. Pour ce qui est de se divertir avec tout ça, bien que je crois avoir un esprit très ludique, j’ai encore de la difficulté à trouver le détachement nécessaire pour en rire. Je trouve ça trop déplaisant.

  15. Oops: je n’ai pas « peur de ce que je projette auprès de gens qu’on considère inférieurs », mais je feint de m’intéresser à ce qu’ils disent par altruisme.

    Ça m’évite d’être trop asocial.

    Mais en général, j’évite d’avoir à leur parler. Ça règle le problème à la source.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :