Guillaume

Je haïs le téléphone. Les timbres de voix moroses, le son flou, l’inconfort des combinés, la stérilité des échanges, ça m’horripile. Je n’ai pas de cellulaire ni même de téléphone sans fil. Qu’un vieil appareil ramassant la poussière sur mon comptoir, ne servant qu’au mieux à une fréquence d’une fois aux deux semaines, bien souvent lors de l’appel d’un immigrant désirant me fournir crédit ou me sonder sur divers trucs bidons.

C’est pourquoi lorsque la sonnerie stridente vint troubler mon souper d’Hamburger Helper et de Sapporo, je savais que c’était l’homo du gym qui voulait aller prendre une bière/café. Je n’arrivais toujours pas à vraiment cerner pourquoi je lui avais laissé mon numéro dans un étrange élan l’autre jour. Il y avait surement là une sombre vanité, le besoin instinctif de sentir que je plaisais. Après tout, ma rationalité tordue m’amenait à conclure qu’il valait mieux plaire à une tapette bien foutue qu’à une sale torche malotrue.

Il me parle au téléphone de sa voix nasillarde peu agréable. Je me demande si, lorsqu’il se fait mettre dans le cul, il crie avec une voix plus aiguë ou bien une voix plus grave et rauque. C’est que c’est souvent tricky la voix, je suis déjà tombé sur une gamine à voix d’ange qui se crachait le larynx une fois le vagin rempli d’une protubérance masculine. On décide d’un endroit, un petit pub tranquille, pour aller jaser, je le spécifie au moins cinq fois. Il semble emballé, je suis hésitant.

La fin de semaine a été ardue, j’ai les cheveux mêlés et perceptiblement pelliculés. Je m’en crisse, si ça peut lui calmer la machine à enfanter, je vais pouvoir me divertir un peu plus tranquillement. C’est donc la bouche pâteuse, le scrotum broussailleux et les vêtements souillés que je me dirige vers une soirée de séduction où je me promets d’être spectateur amusé.

J’avais le goût que ça soit vraiment drôle, j’avais même préparé un peu le terrain en chattant avec des homos sur mIRC et priape vendredi soir en étant complètement défoncé. Malheureusement, ça ne faisait que parler de longueur de bites, de poils de shags et de glands contre prostates. Malgré tout, je croyais avoir cerné rapidement quelques lignes directrices du discours de ces hommes qui s’aiment entre eux.

Je suis sur place à l’avance, j’en profite pour m’enfiler deux bières à un rythme d’enfer. Puis il se pointe, d’une chemise extravagante vêtu, de souliers blancs chaussé. Son sourire blanc m’exaspère, je ne peux m’empêcher de penser au nombre de fois où ces dents furent souillées de sperme. Je tente d’éviter ses nombreux postillons que je crains sur-gamètés, other than that, tout est plutôt sympathique.

Guillaume me parle de sa job, son entourage, son ex. La situation est franchement cocasse. Il me dit que j’ai une bonne écoute, je m’esclaffe très fort. Je n’ai pas une vraie bonne écoute, je n’ai pas d’altruisme, qu’une curiosité tout égocentrique. Mais voilà, je pose quelques questions, je m’enquiers de différents trucs. Il y a tellement peu de gens qui écoutent qu’on conclue rapidement que vous êtes bons si vous démontrez un intérêt minimal. L’écoute c’est comme l’escrime. Il y a tellement peu de gens qui font ça dans le monde que dès que tu en fais, tout le monde suppose que t’es ben bon.

Je bois toujours plus, mes interventions sont minimales, ses inepties maximales. J’ai le coude léger, je suis frivole. Je le sens allumé. Je vois de l’écume à la commissure de ces lèvres, ou est-ce un antique dépôt de sperme, suis-je juste trop avancé? D’infectes Molson Ex en dégueulasses Molson Ex, il m’invite à continuer la soirée chez lui. Le comique de la situation me tétanise, la particularité du tout m’enivre, je suis cruel, je dis oui.

Sofa de simili cuir, murs bourgognes, chat obèse et Michel Tremblay sur la table, l’appart’ respire les brochettes masculines. Il me serre une Stella Artois, j’aurais presque une érection de joie d’enfin boire quelque chose de potable si ce n’était de l’ambiguïté de la situation. On s’assoit dans son salon. En fait, c’est plus un jardin botanique qu’un salon parce qu’il y a un tabarnac de millier de plantes, ça pue la verdure non fumable.

Du Kylie Minogue ou du Madonna sort des haut-parleurs, je ne les distingue pas vraiment pour être honnête. Je regarde le plus en face de moi possible, mais ma vision périphérique dégueulassement grande m’amène à apercevoir une érection qui déforme son pantalon indécent.

Il s’approche de mon visage, les yeux pétillants. Sans que je comprenne vraiment, il m’embrasse avec entrain, me fourrant sa langue dans ma gueule avec une férocité toute masculine. Sa légère barbe me pique, c’est agressant, je me sens un peu pris au dépourvu. Ma confusion est totale, je dirais presque qu’il vient de grogner. Sacrament.

Sa main droite se fait baladeuse, elle remonte lentement ma cuisse. Il est un pirate à l’abordage, un flibustier gay excité à l’idée de trouver un énorme butin. Malheureusement, alors qu’il s’attendait à trouver un immense sceptre, c’est une dague et deux rubis rabougris qu’il palpe. Sa surprise est grande, mon malaise, évident.

Le reste se passe un peu vite, de façon un peu trop cavalière. Je baragouine des excuses, lui indique que finalement les hommes ne m’intéressent pas vraiment, rien de personnel. Comme un idiot, je ne m’étais pas prévu de sortie d’avance, ou bien j’étais trop saoul pour m’en souvenir. Il est vexé, il crie avec un peu d’apitoiement, il est tellement efféminé, je me demande vraiment ce que je fais là.

Je ramasse mon ouaté d’un geste instinctif, et sans regarder un instant derrière moi, de honte, de peur et, ciboire que je suis saoul, d’affolement, je quitte le logement dans un fracas de porte. Je cours un peu croche, tentant de regagner mon domicile dans un minimum de temps.

Une fois revenu chez moi, le souffle court, je calle rapidement une canette de Sapporo qui restait dans mon réfrigérateur. Des sensations douteuses m’affligent, je suis vraiment mal. Je me dirige vers mon portable où j’écris en ce moment et je me masturbe furieusement en regardant de la porn abusivement esthétique. Du plastique pour stériliser ma sexualité, aseptiser mon esprit, cautériser toutes déchirures morales qu’aurait laissées cette soirée louche.

Plusieurs constats me fessent. Mon besoin de pousser, de me divertir, de sortir des sentiers battus est rendu affolant, affligeant. Crisse, c’est pas tant normal. Mais en même temps, j’ai de plus en plus l’impression que je n’ai que ça, que cette quête d’autre chose, cette mission qui fait en sorte que je me dois de toujours repousser, de découvrir. Car s’il ne me reste plus ça, c’est l’ennui. Et alors là, vraiment, la mort deviendrait encore plus séduisante.

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~ par oopsweredead sur juin 8, 2009.

6 Réponses to “Guillaume”

  1. Premièrement, fuck que j’ai ris et c’est exactement ce que j’avais en tête quand t’es parti.

    Y’a 5 ans j’ai décidé de me dire lesbienne pendant 6 mois, je me laissais pas la possibilité de voir les hommes. Résultat? Ç’a marché. J’ai trippé en fou, j’ai poussé ma limite vraiment malgré moi et j’ai découvert un monde de possibilités de plus pour le reste de ma vie. Après c’est de faire l’équilibre dans tout ça mais bon, on s’en tire.

    C’est dingue comme ça me semble similaire à ma première expérience du genre, mais avec une vieille gouine de 15 ans mon aînée.

    Tu vis vraiment bien et fort, pour un gars qui pense ne pas y tenir tant que ça.

  2. Beau texte, pas édifiant mon commentaire mais des trucs comme…cautériser toutes déchirures morales…m’éblouissent.

  3. E-X-C-E-L-L-E-N-T !

  4. Merci pour le divertissement!

  5. Une chance qu’il faisait ses exercices de musculations en fif, sinon il aurait pu te prendre de force et te violer… 🙂

  6. Pour moi t’es du pour la cave en bas du Parking toé … Pas un fiferon qui met des fleurs séchées pis du Madona chez eux,yark ! Ça te prendrais peut-être une surdose de testostéronne dans le fond, pas de la progestéronne qui pue le Axe ou le Mennen viarge !
    Tant qu’à faire … j’ai l’impression que t’es capable d’en prendre.

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