Crasse russe

Je ne fais que rarement les choses à moitié. J’achète compulsivement, consomme entièrement, gaspille complètement. Je suis follement dédié à ma destruction, je vous dis, je suis quelqu’un de très consacré.

Dernièrement, je dérape sur les auteurs russes. J’ai fait une grosse tournée de bouquineries au volant de mon rutilant véhicule à la recherche de différents bouquins pour me lancer dans la chose. À coup de 2 ou de 4 dollars jusqu’à concurrence de 150, j’ai lentement garni ma collection, entassant les volumes sentant la boule à mites et tachés de café sur ma banquette arrière.

Dostoyevsky, Tolstoï, Nabokov, Platonov, Chekhov, Turgenev,  Gogol et Asimov (oui, je triche, fuck you all).

Ça pas été facile, je n’ai vraiment pas trouvé tout ce que je voulais. Du Zinoviev cheap ou Akhmatova me semblent impossibles à trouver. Je me contente donc des bouquins jaunis et secs que j’ai pu accumuler de par mon périple.

J’ai donc fait une belle pile chambranlante au côté de mon futon démodé et troué, des livres de la vieille Union Soviétique, tout froid, tout droit, tout sursaturé de métaphores chevalines. Au gré des jours, j’en sélectionne un au hasard et j’y plonge. Généralement, je lis dans mon bain. Vers minuit, je fais couler un bain chaud, j’ajoute de la mousse Essaim qui sent le raisin marde et je m’insère dans la baignoire avec mon roman du moment.

J’enfile joint après cigarette après joint. J’ai toujours pris le soin de m’approcher deux trois quilles, c’est qu’il faut se désaltérer dans de l’eau aussi chaude. D’ailleurs, je la réchauffe constamment, essayant tant bien que mal de gérer le débit des champlures à l’aide de mes pieds crispés. Il fait chaud, mon cuir chevelu m’irrite, je tourne les pages en essayant de les mouiller le moins possible.

Un joint, un peu de bière, une branlette, une cigarette, chaque nouveau chapitre signifie que je dois céder à un vice selon mon procédé de lecture. Mon esprit s’embrume tandis que défilent les paragraphes. Je m’encrasse inévitablement dans mon bain. Je suis trop lâche pour me lever et aller pisser. Je me fais donc aller la vessie à même mon eau, ça crée des courants chauds, un genre d’El Nino d’urée sillonnant mon eau toujours un peu plus sale. Les bulles s’estompent inévitablement, me laissant la vue de mon corps décharné à travers une eau brouille. Je m’encroûte dans des récits à la narration scientifique et à prétentions philosophiques. Je finis inévitablement dans une mare d’urine, de sperme et de crasse. Tout mon être distillé, on pourrait presque m’embouteiller. Ça ferait un drôle de parfum. Loque humaine par Calvin Klein.

Puis je laisse écouler mon eau. Je garroche un peu du contenu d’une criss de vieille bouteille de Vim pour salle de bain un peu partout et je prends ma douche en même temps. Parce qu’après tout ça, autant pour cause d’eau louche et de littérature soviet’, je suis souillé gravement. Et contrairement à ce que certaines genses pourraient avancer de sotte façon, je suis quelqu’un de bien propre, je prends donc ma douche, deux tournées complètes de savon, trois dans la région du pénis. Comme chaque matin et après chaque entrainement. Qu’on dissipe les doutes. Je suis un petit garçon modèle, tout propre, celui dont chaque mère rêve, right?

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~ par oopsweredead sur juin 30, 2009.

13 Réponses to “Crasse russe”

  1. Tu devrais lire LES PRINCESSES – INCONNUES OU OUBLIÉES.

    C’est si beau.

  2. S’il y a ben un auteur qui n’est pas Russe, c’est Asimov l’Américain durant la guerre froide …

  3. Wow je viens à peine de te découvrir et déjà à ma première lecture tu m’ennivres!

  4. Anna: One day maybe.

    Ours: Gogol est un Ukrainien qui a finit en Russie, Asimov est un Russe qui a terminé aux States. À eux deux, moi je dis que ca compte pour un auteur russe, donc je triche pas tant.

  5. Ah ben, pas de Soljenitsyne dans tes trouvailles? Me semble que Le Pavillon des Cancéreux et L’archipel du Goulag ça fiterait avec tes moments magiques dans le bain. Par contre il va te falloir plus de quilles… probablement de la littérature russe ce que j’ai trouvé de plus sordide.

  6. je te conseil les carnets du sous-sol de Dostoïevski.

  7. Je te conseil Ilsa la louve des SS.

  8. Mes auteurs russes, je les relis tous les dix ans depuis 30 ans. Leur romantisme hystérique et noir me rassure. Va savoir pourquoi.

  9. Moi je trouve que ta crasse Russe fait plutôt dans l’Americain d’origine Allemende de Bukowski … mais bon, ça fini par ski et c’est crasse alors ça marche. T’as ma bénédiction !

  10. Malorie: Je voulais lire L’archipel, en fait, après Tolstoï et Dosto, j’étais sur que c’était le truc que j’avais le plus de chance de trouver. How wrong was I.

    Accroc: Déjà lu, franchement aimé.

    Gars: Ok.

    Rosana: L’usage du verbe rassurer m’intrigue. Pas game d’élaborer.

    Shirley: Étonnament, Bukowski m’ennuie un peu. Je le trouve imbus.

  11. Que veux-tu devant un étalage de Culture aussi grand lorsque l’on en a pas, on se sent petit et on raconte une connerie.

  12. Explication : ça me rassure dans le sens où j’ai l’impression d’avoir des amis qui ont écrit pour moi. Que signifie « pas game d’élaborer » ?

  13. Rosana: Je souhaitais seulement que tu rajoutes un peu de viande autour de l’os comme tu l’as fait, coolos Carlos.

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