Kiss

C’était soir de débauche dans tout Quebec City en ce 16 juillet. En effet, KISS et son armée envahissaient la Vieille Capitale, invasion qui se voudrait toute en pyrotechnie, en kits de sado maso et en talons hauts.

Une large foule s’était déjà massée très tôt sur les plaines où j’avais moins même filé directement après mon chiffre à l’épicerie. Dans une ville où on adule autant les vieilles stars déchues et bedonnantes de l’antique heavy pop rock, c’était évident que l’attroupement serait massif.

Après une performance plus que molle de Blue October qui n’a fait que passer, la foule était anxieuse d’enfin voir arriver les hommes maquillés du rock. L’ambiance est festive, je suis seul, un peu à l’écart, j’observe la masse grouillante en me gavant d’amphétamines comme s’il s’agissait de bonbons et m’allumant de botch de joints en botch de cigarettes. Les gens sont costumés et joyeux, l’air est électrisé, tous ont hâte.

Je m’imagine les quatre vieux en backstage, en train d’enfiler leurs trucs, de se faire crémer la face et de mettre de côté leur virilité. J’imagine le lien qui doit être fort, celui qui unit un quatuor de mec qui savent pertinemment qu’ils sont ridicules et minables dans leurs accoutrements, mais qu’ils vont devenir des bêtes de scènes dans quelques instants. La complicité doit être incroyable.

Finalement, on hisse une bannière à l’effigie du groupe et des premières notes stridentes scindent l’atmosphère chargée à bloc. Les gens s’époumonent à crier, obnubilés par des vieux croulants pleins de make-up. Je suis fasciné tout en étant porté par le rythme du batteur qui martèle ses peaux avec une ferveur toute féline.

Je suis vraiment high, je laisse la musique me pénétrer par ondes, tressaillant aux moindres trémolos de la guitare. Les gars du band enchainent les signature moves avec aplomb, Gene liche son manche en se sortant son immense langue, le chanteur a une posture totalement efféminée pour jouer de sa guit et les trois gars à l’avant-scène coordonnent leurs mouvements fréquemment.

Je me suis trouvé une petite butte et j’ai l’impression de surplomber la multitude. Tout ça me procure un sentiment d’omniscience, c’est franchement grisant. Je deviens donc scrutateur, emmitouflé que je suis dans mes vapes.

Le chanteur s’adresse à la foule, ses interventions sont de toutes évidences scriptées mais sont diablement efficaces. Le frontman maitrise étonnamment l’assistance, l’emmenant dans les zones qu’il désire.

Pour un spectacle bien réussi, il faut que le leader nomme constamment la ville. (How are you Quebec City? Eady to rock Quebec City? Queeeeeeebec City!!!) À chaque fois, la foule se met à crier avec vigueur. Chaque personne semble motivée à faire en sorte que le groupe se souvienne de sa visite dans sa ville, chaque spectateur se sent investi d’une mission : tenter de faire passer la soirée à la pérennité. Or le chanteur, qu’est-ce qu’il en a à calisser qu’à Québec, à Montréal ou partout ailleurs dans le monde, ça criait bien fort? Inévitablement, à la fin du spectacle, le groupe dira qu’il s’agit là d’une des belles foules qu’ils aient vu EVER, donnant aux spectateurs niais et motivés ce qu’ils voulaient et tout le monde sera content.

KISS enfile toune obscure après toune obscure. Honnêtement, mis à part une ou deux pièces que je ne reconnais que vaguement, l’entièreté de leur matériel m’est inconnue. Et franchement, je crois qu’il s’agit de la même chose pour quasi tout le monde et moi, je suis déçu. Je ne dois pas être le seul et pourtant, à chaque fois que le chanteur demande How’re doin’ Quebbbbec Cityyy?, la nuée de gens s’égosille.

Je me demande comment se sentent ces quadra-quinta-en-tout-cas-ces-croulants-là en faisant face à une foule de 80 000. Auraient-ils vraiment crus en mettant ses costumes là pour un genre de t’es pas game il y a quarante ans, il deviendrait prisonnier de ces accoutrements et ferait encore les pitres du rock en 2009? La mascarade est immense, j’ai l’impression d’être le seul à saisir l’ampleur de cette dernière.

S’ils sont prisonniers de ses costumes, c’est aussi eux qui leurs permettent  de durer aussi longtemps, ironiquement. En effet, ils ne se démodent guère, leur vieillesse est bien plus subtile car leurs vêtements ne s’inscrivent pas comme typique à aucune époque.

Après un départ franchement lent, une quantité impressionnante de solos un peu trop long mais originaux, le groupe enchaine ses hits monstres. Je me surprends même à chanter, seul, dans mon coin, galvanisé par le moment, définitivement high et joyeux.

Au final, je me couche heureux. Et demain, c’est ma dernière journée de travail, je tombe en congé pour deux semaines.

Boooom qu’ils disent.

Publicités

~ par oopsweredead sur juillet 17, 2009.

9 Réponses to “Kiss”

  1. En fait, je pense que ces gars-là ont ben du fun à se déguiser ainsi et ne sont pas tanné de le faire. À moins que leur seule motivation soit l’entrée de cash que génère leur costume (et leur musique, accessoire à tout le reste). M’enfin…

    Si tu n’as pas vu le documentaire « Metal: A headbanger journey », ça pourrait répondre à certains de tes questionnements. Et c’est pas mal bon, peu importe tes goûts musicaux.

  2. ESTI QU’TYU ME FAIS RIRE !!!!!!!!!!! Merci !

  3. Je me suis déplacé mercredi soir, en plus de dépenser un montant important pour les voir, ici, à Ottawa. Mon commentaire sur le show est semblable au tient: j’y suis allée pour les costumes, pour leurs multiples marques de commerce. Le show a débuté 45 minutes AVANT l’heure parce que les gars avait hâte de jouer. Le hic, c’est que ça a pris 90 minutes de show pour qu’enfin ils « chantent » au lieu de « jammer ». Par contre, le dernier 45 minutes de show était le vrai show et de cette fin j’aurai un excellent souvenir.

  4. Prisonniers de leur costumes… C’est les fans qui ont décidés ainsi. Il ont tenté d’enlever un moment donné et étrangement, ils ont moins pogné…

  5. C’est le fun se costumer…

  6. Bonne vacance Oops, ne te fais pas trop mal en te défonçant trop à fond.

  7. Mourir en vacance, qu’est-ce que t’en pense ?

  8. booom tchakapooom … tout est bien qui tombe bien alors ^ ^

  9. Bête: Ça fait plusieurs fois que j,entends parler du documentaire, je ne me décide jamais. Là c’est décidé, je vais me le louer durant mes vacances, ca va surement être excellent.

    Julie: First of all, TABARNAC, t’es ben fan. Ensuite, je conclurai en disant que je seconde ton opinion sur la fin.

    Drew: Les fans obligent à rien, le freewill existe.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :