Anicroche poche

J’arrive donc sur place, chez le groupuscule que j’ai étiqueté les « hippies », où l’on m’attend en grand nombre. Apparemment, la rumeur d’un arrivage frais et massif de marijuana excitait la foule qui s’était massée dans une vieille tente-roulotte légèrement nauséabonde. Sur une vieille chaine stéréo joue du Pink Floyd, Rush et Supertramp. Je suis agréablement surpris, moi qui m’étais préparé à écouter du Harmonium et du beau Dommage toute la soirée.

Du rosbeef a été fait pour souper, je ne peux m’empêcher de remarquer au passage qu’il semble avoir été lardé par un tabarnac de quadriplégique. Les 4 litres de vin coulent à flots, je suis nourri gratuitement, me gavant sans vergogne ni pudeur. Les grandes journées à l’air pur me creusent l’appétit et mes petits repas de camping ne me sustentent que minimalement.

Puis, l’heure venue, tel le plus psychédélique des prestidigitateurs, je sors un sept de weed de ma poche dans un geste tant théâtral que magistral. On s’attroupe autour de ma personne, on dirait un groupe de filles hystériques affluant vers un phallus dans un bar de danseurs. Je m’installe ensuite à table pour rouler nonchalamment quelques joints que je distribuerai par la suite dans toute la bonté qui est mienne (yeah right).

Les hippies parlent de leurs jeunesses, la frénésie des années 70, l’ère pré-référendaire remplie d’espoir, la grande déprime collective suivant l’échec de Ti-Pwel. Pierre, veston brun et manière féminine, dit appréhender le fait de fumer, il a peur de badtripper. Michèle, sa femme, bouge quant à elle frénétiquement d’excitation. Les autres m’observent, le sourire en coin, content que Michael, jeune auteur dans la mi-vingtaine leur amène pareille manne.

Après une dizaine de minutes, j’ai 4 gros joints, compacts et parfaitement cylindriques que je distribue parmi l’assemblée. « Prenez et fumez en tous, ceci est mon herbe livrée pour vous ».

J’allume donc les pétards qu’on tend à moi, complétant ainsi la distribution quasi eucharistique et on se met à siphonner à pleins poumons dans la tente roulotte. Ils sont drôles à voir aller ces quinquagénaires, à aspirer en se plissant les yeux et à se passer les joints avec toutes les misères du monde. J’ai l’impression que Pierre va cracher son diaphragme à tout moment, il tousse tellement que ses couilles doivent flirter avec son intestin grêle. Michèle quant à elle fait flèche de tout bois, interceptant tous les joints et inhalant à grandes pompées.

L’ambiance est paisible, les joints finissent calmement d’être consommés et quelqu’un a décidé de faire jouer l’album In the Court of the Crimson King. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je parle politique avec un mec aux cheveux longs et aux lunettes rondes. On parle des tribuns souverainistes, je suis un partisan de Bourgeault tandis qu’il ne jure que par Lévesque. Quant à moi, Bouchard est même en avant de René, qui lui devance Claude Charron. J’dis ça de même. Puis on parle musique, littérature, philosophie. Je me sens volubile, allumé, cultivé, et je réussis même tant bien que mal à ne pas être condescendant. Oui oui.

Je sors mon hash ainsi que ma pipe favorite. Je m’allume et partage auprès des quelques personnes avec qui je discute dont Michèle qui est collée à moi, buvant mes paroles comme la plote à écrivain qu’elle semble être. Si elle savait que je ne suis que vulgaire boucher haha.

Tout le monde est gelé, l’herbe est pas mal plus forte qu’à l’époque où il était trendy de porter le veston carreauté et la moustache. Il fait désormais nuit noire dehors, les lumières à l’intérieur ont été tamisées, un bon groupe est attroupé auprès d’un feu à l’extérieur tandis que d’autres jouent une partie de Risk. Les gens sont drogués et affairés de sorte que lentement, je me retrouve isolé avec seulement Michèle sur le futon puant qui meuble le salon/cuisine de la roulotte.

Je suis dans le plus fort de ma soirée, au peak artificiel que m’offre le THC. Les cris des joueurs de Risk me semblent très lointains tandis que je distingue clairement ce que je crois être une pièce d’Emerson Lake and Palmer. Je parle peu et est concentré sur mon buzz, trop focussé pour m’offusquer ou même réaliser que la vieille Michèle me dévisage sauvagement.

Puis, je sens définitivement une main remonter le long de ma cuisse. La main droite over-ringé de Michou se faufile furtivement le long du fleuve de mon quadriceps à l’ambitieuse recherche de sa source toute phallique. Je ne fais rien, dodelinant plutôt de la tête de fatigue, sans l’ombre d’une érection pour venir tendre mon caleçon.

Malgré tout, Michèle est décidée. Sans trop que je ne le sache, ma ceinture se retrouve détachée et ma braguette ouverte. Sa main est sous mon boxer et tâtonne mon membre plus mou que les ardeurs souverainistes de Mario Dumont en 1995. J’ignore sincèrement combien de temps cela dura. Peut-être 1 minute, peut-être cinq. Ce que je sais très bien cependant, c’est que le tout se termina par l’arrivée en trombe de mon Pierre, le ton rageur et la figure empourprée. Alors même que sa compagne me tâtait toujours le prépuce, sa jointure est venue choir avec force sur mon visage.

Sursaut, infusion d’adrénaline, confusion. Je n’ai guère le temps de réagir que je reçois un deuxième coup en pleine tronche. Me protégeant foetalement, je réussis tant bien que mal à remonter ma fermeture éclair et à partir sans demander mon reste, toujours un peu déconfit de tant d’événements soudains.

Je regagne ma tente, hébété, un peu nerveux à l’idée de voir Pete le violent surgir à tout moment.  Incapable de dormir, je vais marcher, m’éloignant stratégiquement de mon lieu d’habitation. J’ai la mâchoire qui élance, l’œil droit qui a de la difficulté à ouvrir. Je savais d’avance que j’aurais une sale gueule ce matin.

Finalement, j’arrive à manger sans grande peine, j’ai une ecchymose sur la joue et définitivement un œil au beurre noir. Mais bien plus que les séquelles esthétiques, je sens que cela risque de ruiner un peu mon séjour. C’est sur qu’à l’heure où j’écris, la moitié du camping doit être au fait de l’incident. Et si Michèle doit passer pour une sacrament de pute, je cerne plus ou moins comment je suis perçu. Toujours est-il que la section du nord-ouest du Camping est désormais un no go. Mon objectif de faire l’unanimité parmi les merdeux est désormais compromis.

Calisse. J’ai toujours l’impression que ça ne peut qu’arriver à moi ces crisses de marde là.

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~ par oopsweredead sur juillet 22, 2009.

5 Réponses to “Anicroche poche”

  1. Ben dis donc!
    Toute une aventure ça.
    Ils ne sont pas si hippies que ça finalement.
    Une question qui m’intrigue dans la jalousie…
    Dans une situation semblable qu’est ce qui fait que la personne s’attaque à (l’amant) et d’autres au conjoint?
    Mystère!

  2. Sans même l’ombre d’une érection, c’est plutôt absurde… J’aurais sûrement crié « MAIS JE BANDE MÊME PAS !! » si j’avais été un gars.

  3. Désolé mais…

    Mouhahahahahaha!!!!!

    Ceci dit, je te souhaite quand même que ça ne gâchera pas trop ton séjour au camping.

  4. anecdote savoureuse

  5. Le truc c’est que si ça arrivait à d’autre ce ne serait jamais aussi jouissivement raconté !

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