Début

J’ai roulé ces trois derniers jours. Je n’avais plus de drogue, j’avais tout consommé à un rythme d’enfer au camping et j’étais devenu à sec bien plus rapidement qu’escompté. J’ai donc embarqué dans ma voiture et j’ai roulé. J’ai avalé les kilomètres à un rythme effarant, longeant une multitude d’autoroutes, empruntant des routes cahoteuses, brulant des litres et des litres de gazoline.

Je roulais pour fuir je ne sais quoi, pour trouver quelque chose qui n’existe probablement pas. Je passe mon quotidien à être mal dans ma peau depuis des années, le spectre de ma mère morte me hante dans mon appartement où nous avons habité plusieurs années. Je n’ai guère de famille, encore moins d’ami, la société dans laquelle j’évolue me répugne.

Je suis mésadapté, drogué, blasé, fortement suicidaire. Chaque matin est une épreuve qui est de plus en plus ardue à affronter. Je déteste mon boulot que je trouve merdique, je déteste ma personne, ce que je suis devenu. Les années passent et j’ai l’impression que j’ai de moins en moins d’issue, je vois quantité de portes se refermer devant moi à chaque jour qui passe.

Je filais à vive allure dans Charlevoix, regardant les paysages, constatant froidement la solitude immensément profonde dans laquelle je suis plongé depuis de nombreuses années.

La dernière semaine m’a appris de nombreuses choses. Malgré tous mes efforts, malgré le peu de bonne foi que j’ai encore la force de me trouver, il m’est impossible d’interagir, de m’intéresser à autrui. Les fardeaux liés à mon existence sont si multiples que je n’arrive pas à m’entrevoir en train de poursuivre la vie que je mène ici.

Ce matin, samedi le 25 juillet, j’ai donc pris une décision. Je pars, je quitte tout, ce monde sombre dans lequel je me suis empêtré, tout ces souvenirs morbides, ces lieux où ma mère a agonisé à la fin de sa vie, cet antre qui abrita dans les cinq dernières années toute ma saleté, cet antre de ma débauche en tant qu’être humain.

Je laisse quasiment tout derrière moi. J’ai amené tous mes vêtements dans ma voiture, j’ai retiré d’importantes sommes d’argent de mon compte, plein de billets que j’ai entassés dans mon coffre à gant. Je n’amène aucun de mes livres, désireux de vraiment tout quitter de ce monde.

Je n’ai pas averti ma propriétaire ni mon employeur, sans doute les deux seuls êtres humains avec qui j’ai un lien quelconque. Je pars sans laisser de trace si ce n’est que ce blogue, je ne laisserai personne dans le deuil.

J’ignore où mon périple me mènera. Je quitte vers le Sud, je roulerai à m’en déchirer l’âme, je pleurerai sans doute pour la première fois depuis des années, depuis le décès de ma mère. J’ai cette lourdeur en moi qui m’empêche de vivre et dont je me sens le besoin d’évacuer. Je crois qu’il s’agit là du seul moyen pour arriver à me bâtir une vie qui me semblera en valoir la peine.

Je n’écrirai plus ici, je n’écrirai peut-être plus jamais en fait. Cet espace aura été catharsique bien qu’éphémère. Je voudrais remercier sincèrement, honnêtement, tous ceux qui prirent le temps de lire un peu les tourments de mon âme. Tous autant que vous ayez pu être, merci infiniment.

Je termine donc, j’ai les mains qui tremblent, la gorge nouée, je suis profondément exténué. J’ai commencé en écrivant qu’il s’agissait de la fin. J’espère vraiment que ce que je fais aujourd’hui sera un début, celui de quelque chose de grandiose.

Adieu,

Oops.

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~ par oopsweredead sur juillet 26, 2009.

27 Réponses to “Début”

  1. Dommage que tu nous quittes. Je peux comprendre ton désarroi. Ma mère est décédée il y a des années mais son spectre me suit encore et comme toi, j’ai eu mes excès jusqu’en toucher le fond et même en dessous. J’ai l’air d’une fille bien sage et très forte aujourd’hui, mais sous ma carapace, il y a toujours cette fragilité contre laquelle je me bats constamment pour m’empêcher de faire des niaiseries.

    Il y a 3 ans, j’ai décidé que j’avais le droit aussi d’être heureuse et même si c’est difficile de se l’admettre et surtout de travailler dans ce sens-là (c’est crissement plus facile de fuir avce la dope et l’alcool), j’avance tranquillement, mais sûrement vers une certaine paix intérieure. Mais ça prend patience, savoir se regarder en pleine face, de l’aide extérieure et le goût de s’en sortir. J’espère que tu trouveras cette envie de te sentir bien, ce droit que tu as d’être heureux.

    Les traumatismes (comme la mort d’une maman) sont des choses qui marquent à vie et ce, très profondément. J’ignore comment la tienne est partie, mais si jamais un jour tu as besoin d’écrire à quelqu’un qui a perdu la sienne, tu peux me rejoindre par email ou par mon site.

    Bon recommencement! Et si jamais le goût de venir réécrire te prends, nous serons encore là pour te lire. Du moins, moi j’y serai.

  2. Don’t turn away, in silence.

  3. Urgent: Faire une pause au motel du coin et lire ‘La musique du hasard’ de Paul Auster …

    (faire de sa vie non pas un hasard mais une certitude)

  4. Je ne t’oublierai pas, j’espère que tu reviendras. Je t’aime beaucoup.

  5. Ce fut un plaisir m’sieur

    Fais pas de conneries
    xx

  6. Je suis vraiment désolé de lire ce billet. Je ressens la souffrance qui est tienne. Ça ressemble un peu à un projet de suicide. Je souhaite que tu retrouveras un brin d’espoir qui te fera renoncer à ce projet pour d’autres solutions.
    J’aimerais penser qu’au pire ce n’est que ton personnage virtuel que tu délaisses. Courage monsieur.

  7. Moi je pense que si tu sacres vraiment ton camp loin d’ici avec l’intention de recommencer quelque chose d’autre ailleurs, c’est une très bonne initiative. Ça prend du courage pour le faire! Bonne chance!

  8. Bon débarras pauvre type. Qu’est-ce que vous avez tous bandes d’idiot à pleurer sur la tombe d’une telle merde?

  9. Je te souhaite une belle et bonne vie! Ce fut un plaisir, honnêtement.

  10. Oxyde, franchement, ça c’est vraiment un produit d’interne, ce genre de réponse.
    Je ne sais si c’est vrai ou pas, reste que ce billet traduit de la souffrance comme le tien de la haine oxydante.
    Et personnellement je crois que pour traduire cette souffrance faut qu’elle soit inscrite un peu en soi. Alors, tes sabots sont très gros dans cette réponse, je trouve. Je suis brutal parfois mais là tu me bats haut la main. 😉

  11. Tu étais tanné de mourrir… Bye.

  12. On s’en fout, ce qui est vrai ou non. Il y a eu ici une rencontre avec l’écriture. Il était là, le rendez-vous Oxyde.

  13. Je te le souhaite ce nouveau départ!

  14. Oups we`re dead… he`s going! Vraiment, mais vraiment tu me manquera…

  15. Oopsydoopsy … si te prend l’envie de partir un autre blog quand tu aura trouvé ta place dans le monde et que tu habiteras ta peau avec joie, j’aimerais te relire sous le pseudonyme de Oopelay, chuis reviendu,me v’là !
    Donne des news des fois, pis si tu fais le con, fais le proprement. Ma meilleure chum au bout d’une corde avec une note sur son t-shirt à mon intention surfe encore dans mes pensées un peu trop souvent, même 22 ans plus tard …
    Love ya xxx

  16. Tu auras beau quitter vers je ne sais où, tu resteras toujours toi même avec tes perceptions. La fuite n’est pas une solution. Ce qu’il te faut est une thérapie et une aide médicale si il y a lieu. C’est le meilleur cadeau que tu puisses t’offrir.

    Je suis passé par là…

  17. T’es borderline ?
    Anyway… fais un peu attention. En espérant que nous aurons des nouvelles… peut-être… idéalement…
    Même loin, ça prend du courage de recommencer… en espérant que ce soit vraiment un recommencement !

  18. Bonne chance, bon courage. Je n’ai aucune idée de ce vers quoi tu vas, si tu ne fais que quitter ce personnage, ce blog, si tu te tapes dans le réel cette virée, si c’est simplement cérébral, une coupure… enfin, j’adorais te lire, et j’espère sincèrement que ta douleur n’est pas telle qu’elle est décrite dans ce billet. J’espère surtout, surtout, que tu vas continuer d’écrire, tu as un talent absolument rare et précieux. Vraiment.

  19. Ah, et je te suggère fortement de lire « L’homme rapaillé » de Gaston Miron. Au moins « Une fin comme une autre (ou une mort en poésie) » et « Déclaration (à la dérive) ». Le mieux restant de passer à travers toute l’oeuvre. C’est fort en sacrament et ça ne peut que bouleverser et remettre certaines émotions en question et à leur place (à mon avis).

  20. Ce n’est pas la destination qui compte, mais le parcours entre les deux points. Bonne route, mais surtout, ne cesse pas d’écrire, tu as du talent.

  21. Merci pour tout tes écrits Oops, je comprends, du moins je le crois. Fait attention a toi, vraiment un des meilleurs blogue que j’ai lu, tu apportais beaucoup ici, tu vas me manquer, je te souhaite d’être bien, peut-être pas demain mais un jour, ça arrivera, promis.

  22. Bon odyssée, en espérant que tu puisses te retrouver!

    Sinon, MissMarie soulève un point auquel je n’avais pas pensé: si ça va trop mal, tu peux aussi consulté un psy. Je pense que la moitié de tes lecteurs l’ont déjà fait (moi inclus). Ça pourrait aider un peu.

  23. La promesse de l’aube…
    j’éprouve un peu de déception à l’idée de ne plus te lire, tu m’as fait rire certains matins où j’en avais besoin. Alors un sincère merci. Un jour on se réveille et il fait soleil. J’te souhaite de faire tes nuits jusque-là.
    X

  24. Je ne sais pas où tu veux aller mais fait attention à toi.
    C’est quand on touche le fond qu’on peut se donner l’élan pour pouvoir remonter.
    Bon courage!
    xX

  25. Un boucher qui se suicide virtuellement. Faudrait travailler la fin quand même. Il tranche épais un peu.
    Je niaise, mais Oops est mort, c’est comme ça et il est cohérent.
    Oops c’est fini, on est mort. C’est ce qu’il disait non?
    Le roi est mort, vive le roi.

  26. …Et la petite chenille deviendra papillon…

    vi à la hauteur de ton talent oops ! ce blog est un oeuvre d’art!

    Bon voyage
    xx

  27. Bon ben c’est avec regret que j’enlève le lien qui menait ici de mon blogue.
    J’espère te relire. Adieu Oops.

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